Mardi 9 janvier 2007


[Photo: "Autoprotrait en demi-dieu" par Mek-Ouyes]

Selles enfin libres et régulières ; je bénis l’action miraculeuse d’une tisane conseillée par une relation pourtant peu fréquentable. Ce matin, de suite après le petit-déjeuner, première expulsion avec l’aisance retrouvée qui me laisse le loisir de profiter de ce moment de retrait. Puis seconde, à l’heure bleue que je voyais intensifier la luminosité du ciel par le vasistas qui ouvre la vue juste au-dessus de moi alors que je suis assise sur les toilettes. C’est à ce moment, dans un soupir, que l’évidence de la nécessité de reprendre l’écriture du blog s’est imposée. Ne serait-ce que pour libérer et conscience et corps, alourdis tantôt de constipation, tantôt de culpabilité.

Elle s’appelle Josiane. Porter un tel prénom est évidemment rédhibitoire à toute idée de relation sérieuse. Elle s’appelle Josiane et est tout à fait férue de toutes ces supercheries New age, Bouddhisme, développement personnel, remèdes du bout du monde et j’en passe. Ce second défaut s’ajoutant au premier fait de cette personne une abomination à laquelle il m’est à peine supportable de tendre la main pour souscrire au rituel des hommages. Pourtant, une semaine avant les fêtes, alors que j’en arrivais à traîner si gonflée que je croyais devoir en mourir ou me transformer en rombière variqueuse, j’ai été bien intéressée par sa sollicitude. Elle avait remarqué combien mon teint jaunissait, comme j’avançais avec peine et me demanda alors ce qui n’allait pas. Au bout de tout, je lui avouais mes soucis. Elle me répondit avec emphase et forces slogans de « retour à la nature » à « notre mère l’Afrique » et me conseilla une certaine tisane pouvant résoudre mes problèmes intestinaux.

Ce fut une grande souffrance morale que d’aller à l’encontre de mes lignes de conduite et d’en venir à suivre le conseil de cette Maraboute de Corrèze. J’ai pourtant presque couru jusqu’à la pharmacie demander la fameuse tisane Borkou. Et c’est avec presque autant de diligence que j’ai préparé et bu le breuvage. Oui, « presque » puisqu’il faut bien le dire, l’odeur de vieille herbe pourrie à peine couverte d’un trop fort parfum de réglisse ont quelque peu ralenti ma détermination. Je pourrais vous raconter comment se prépare et se conserve la chose. Je pourrais vous décrire les reflets ambrés qu’elle prend alors qu’elle stagne dans la bouteille plastique. Mais à la réflexion, il me semble que ce serait-là par trop repoussant et qu’il vaut mieux se concentrer sur les résultats.

Les premiers moments, c’est difficile. La tisane pousse, la constipation y flotte et vous flottez autour, tentant toute la journée de contrôler des renvois venus du fond de vos entrailles. Le soir venu, alors que vous avez à peine pu avaler une feuille de salade tant la mixture vous emplit, c’est le grand dégagement. Une poussée qui vous colle près de quarante-cinq minutes accroché à la lunette : geignant, trépignant et suant presque autant qu’une accouchée. Vous expulsez sans relâche des chapelets sonores de petits étrons idiots propulsés de tisane nauséabonde. Mais vous sortez de là vide et soulagé.

Après deux jours encore un peu douloureux où la consistance des déjections était variable dans une amplitude entre le pavé et la flaque, j’ai retrouvé un rythme de croisière vraiment satisfaisant. J’ai pu aborder les fêtes sereinement et manger et boire selon mon envie. Pour oublier le reste de honte qui me restait à l’idée d’avoir recours à l’une de ces décoctions, je suis parvenu à me convaincre que c’était nettement moins humiliant qu’un lavement. Je ne vais cependant pas me faire prosélyte ou publicitaire et vous servir l’un de ces slogans très exotiques dont Josiane a le secret. Je vais simplement dire : merci beaucoup, tisane Borkou.


Par Anne Archy - Publié dans : Pensées de Selles
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Mardi 7 novembre 2006

Mes soucis intestinaux ont été tels, suite à l'arrêt de la cigarette il y a de cela un bon mois, que moi qui n'ai jamais eu vraiment de problèmes de ce point de vue je n'ai pas pu, grande lâche que je suis, je n'ai pas pu trouver le courage, même vague, même diffus, d'écrire. Les choses semblent quelque peu se normaliser, mais encore la consistance des selles sont variables et surprenantes en fin de compte, tandis que la prise de poids, pas complètement tangible, est par contre totalement apparente dans les régions les plus décevantes et visibles de mon anatomie qu'on appelle, je crois, féminine. C'est bien entendu, désespérant.

Mais, toujours moins que les propos entendus ici et là. Lors d'une séance de consulting en culture d'art audiovisuel cet après-midi, j'entends mes "écoutants" boire le petit lait que je leur donne, puis s'exprimer eux-même. C’était assez émouvant la sauce prenait, et la vacuité de ces séances qui paraissaient plus riches que prévu... Il y avait de l'humain, quoi ! J'invite mes braves à s'exprimer sur les dernières choses vues et lues, de manière plus libre. Et là, la catastrophe. Je me retrouvais soudain devant un étalage de catalogue de jouets, en quelque sorte, de produits culturels qu'ils consomment bizarrement en masse, répétant avec une précision suisse l'avis général face à chaque produit ou chaque artiste. Tel avait mauvaise réputation et aussitôt mes élèves recrachaient qu'ils n'aimaient pas que ça ne valait pas grand chose. Le catalogue de l'Attendu. Je mets le doigt sur quelques contradictions, mais non, rien, un goût c'est un goût (ce qui n'est pas faux dans l'absolu) et donc rien ne se discute, ce qui est dramatique. Est-ce cela le plus triste ou le fait de voir que les mieux-accédants à la culture, et donc ceux qui s'y intéressent le plus qui en mangent le plus, recrachent exactement la doxa apprise dans les pages roses de la Pravda. Pravda éditée par les marchands de biens culturels justement. Est-ce ce dernier point, le fait de n'avoir même pas un embryon de conscience que quelque chose cloche, n'est-ce pas cela le plus effrayant, m'étais-je dit. Je les trouvais sinistres même quand je leur trouvais un goût commun avec moi, et j'aurais préféré qu'un d'entre eux encense un truc pourri mais avec un peu de personnalité dans la démarche... On pouvait rêver... Le pire est sans doute en tout cas qu'ils voient bien plus de choses et qu'ils en écoutent plus que moi dont c'est quasiment le métier pourtant. Leur attrait de la sortie en magasin, de la nouveauté, du calendrier des sorties d'objets industriels est phénoménal et effrayant. Ils achètent également tout ou presque. J'ai toujours eu un regard méfiant sur l'encyclopédisme sous toutes ses formes et je comprends maintenant clairement pourquoi à l'heure où se déploie le cauchemar.
Je savais alors qu'il me serait impossible d'écrire sur ces choses de l'Art, car à quoi bon, on part battu, on est toujours en retard, jamais exhaustif, et ces gens là seront plus efficaces, plus puissants. C'est eux qui font le marché après tout. Sachant ce que nous savons, nul besoin de vouloir convaincre le reste. Abandonnons. J’en étais là. Je me plains au docteur, le suppliant de m'envoyer un truc innommable, encore du kung-fu, tiens. Il prescrit: ça.

C'était donc là. La médecine est géniale quand elle est répond à nos douleurs. Devant s'étalait une fois plus le visage de la Poésie et de la technique sidérale, l'élan de catharsis, la trippe quoi, la culture dans ce qu'elle a de plus beau: l'absurde dans sa construction injustifiable, poétique et concréte. Il y avait là en quelques lignes, l'Univers, Notre Univers me disais-je, Tout l'Univers, nos petits bonshommes dans le cerveau à lui (inconnu) et à moi, et à nous. Il y avait de la vie sur Mars...

Nous fûmes, donc, guéries...

Par Anne Archy - Publié dans : Pensées de Selles
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Samedi 23 septembre 2006

Aujourd'hui, pas de selle, curieusement, peut-être à cause de la contrariété.

J'ai remarqué le moindre travail demandant un peu de passion et de jugeotte, était commandé par des gens sans scrupule, simple communiquant et incapable de proposer ou de produire quelque chose de créatifs eux-mêmes. Voilà qui me dégoûte, bien entendu, et ce qui me dégoûte encore plus est le fait que cela semble normal à tous. Une chose écrite ou fabriquée avec personnalité et goût s'achète ou se consomme gratuitement, c'est selon, mais c'est normal. Que le contexte de production soit défavorable à l'auteur n'a aucune importance.
Victime en ce moment de ce syndrome, d'avoir des commandes de la part d'un type juste plus mondain que moi (la seule justification de son poste), et plus vieux aussi, ce qui suffit à sa légitimté, me révulse au plus haut point, même si je comprends depuis longtemps que c'est ainsi que va le monde. Et plus il se prétend humaniste, plus c'est comme ça. Comme disait le poète: "quand on ne sait plus donner la Justice, on fait la Charité"! C'est exactement ça mais à rebours ce qui m'arrive, les commandes sus-dites étant bien évidement gratuite. "C'est très bon pour votre réputation tout ça, quelle belle carte de visite. Et je devrais dire merci de pouvoir m'agenouiller devant le grand monolythe noir...

J'ai décidé de saboter la commande.

Comme si cela ne suffisait pas, j'ai croisé un critique justement, en sortie de salle, déblatérant du haut de son encyclopédisme bien réel et efficace. Une oeuvrette était attribuée à un auteur prestigieux, dans sa bouche. J'ai rectifié, mais il n'en a pas tenu compte, me disant même que j'entretenais la confusion. manque de chance, je connais très bien l'artiste en question. Il continue en reliant entre eux trois artistes qui n'ont rien à voir (médiocres et surcôtés en plus) sinon d'appartenir à la même génération. Mais ça suffit pour notre critique! L'Histoire est la preuve ultime. C'est aux astrologues finalement qu'il faut demander de faire des critiques artistiques. En tout cas, ce vieux type a fait carrière de journaliste et de critique en disant des incessantes conneries, légitimées seulement apr le nombre de films vus, ce qui est bien normal pour un encyclopédiste (fétichiste donc) de son engeance!

Ces gens là ne reconnaitra pas dans un blind test un Bézu d'un Gérard Manset!

 Duras avait raison, une fois encore: le travail et l'imagination n'ont aucune valeur. La fulgurance, si!

Quelque part, me dis-je, c'est dur d'être l'Elite, et je me dirige vers les toilettes sentant que la vie reprend sa grosse course.

Par Anne Archy - Publié dans : Pensées de Selles
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Dimanche 6 août 2006

Selles célestes, encore une fois, à 00h11, puis continuation spirituelle dans le jardin, avec cigarettes. Il est étonnant de constater que pour êter rempli, il est impératif de devoir se résoudre à lâcher du leste. Là où la moindre particule de peau qui pèle, la moindre rognure d'ongle devrait engendrer un deuil inconsolable, aussi incosnsolable qu'un temps passé mais divin. le vie est ainsi faite sans doute. il faudra s'y résoudre mais néanmoins, loin du fracas du monde (pas grave), et celui plus tragique de son cerveau propre, l'experience immobile de fumer dans le noir, sans même voir ne serait-ce qu'une brique de sa propre maison, juste le rien, cette sensation de vivre trois minutes en aveugle (en sachant que l'on va recouvrer la vue aussi facilement), dans le silence d'une nuit sans enjeu, cette simple chose quand même...

Sur le conseil de quelques-uns je regardais Koh-Lanta duement enregistré pour bien faire. L'extase fut à la hauteur. C'est par son absence de figuré du gastrique et de l'intestinal qu'il faut voir dans, non pas cette émission, mais ce documentaire, la magnifique ellypse. En cela, le principal vecteur de l'expérience (la nourriture c'est pour quoi faire après tout? Du sport sur la plage?) n'est jamais montré. On s'approche divinement d'un simple constat esthétique et formel du fantasme de Cronenberg, le gagnant de Kh-Lanta étant, ce sera sûr, celui qui a les plus beau intestin. Je crois que c'est le seul document de l'histoire de l'hyumanité qui avalise de manière crédible la thèse pourtant douteuse de la Beauté Intérieur, un des mythes les plus profndément raciste pourtant. Si c'est ça, alors oui, je dis oui...
D'un point de vue plus prosaïque, mes amis avaient raison. C'est la seule émission politique. Et en plus de cela, il faut admettre qu'enfin on ose rapprocher la politique de ce sans quoi elle n'est plus rien: la Vertu Morale. Par l'absurde, la violence jaillissait sur moi comme la preuve tangible et magnétoscopable (donc transmissible à tous) que le monde ne mérite rien sinon sa propre perte, et que la compagnie infecte des femmes est absolument détestable, chose d'ailleurs magnifiquement pointée dans les chiquissimes et dégoutantes étreintes lesbiennes des candidates. (Elles n'ont même pas la sincérité d'aller au bout.) On préferrera mille fois la compagnie des hommes, même si ici l'échantillon est désastreux même chez les plus humains.

La terrible erreur de mes con-soeurs (sur le papier) a été de tout temps la recherche du pouvoir qu'elles pouvaient au contraire éviter. Elles n'ont au fond que ce qu'elles méritent. Une vraie lesbienne doit, si elle est sincère, à l'issu de ce visionnage, épouser l'hétérosexualité et un homme, au nom justement de ce qu'elle est profondément et justement, je le répète, sincére. Etre une vraie lesbienne c'est épouser un type et contrarier son désir justement parce que ces dames de l'Ile ont souillé le paradis de leur pensées impures de domination. Dieu que la force est détestable. Dieu que les faibles le sont encore plus.

Dans mon jardin, j'étais une forte...

Par Anne Archy - Publié dans : Pensées de Selles
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Jeudi 3 août 2006

Selles du soir (00h24) rarement évoqées ici, et c'est bien dommage. La décontraction fut au rendez-vous de ce notturno impromptu de bon aloi. Cigarette à suivre dans le patio: le bonheur.

Finalement quand on y pense la mode est au gros. Pour gagner estime et popularité, pensez gros. Un gros salaire aide bien sûr. Voilà qui séduit et intéresse. Avec de grosses responsabilité également, voilà un facteur supplémentaire de popularité et d'admiration. L'important, c'est la popularité. On sera aimé, si on est gros.
Pour réussir dans la vie et avoir le moins de problèmes possibles, et plus de facilités, professionnelles notamment mais pas seulement, il conviendra d'avoir un physique agréable voire charmant. Fondamentalement, le monde se divise en deux: beaux et laids. Cette loi est universelle encore plus que celles qui régissent la guerre. En étant beau, 90% des soucis de l'existence sont soigneusement évités. Le nier est absurde. Le dire n'est pas un pêché. C'est. Et dans ce domaine, là aussi le gros l'emporte: gros cul, gros seins, gros muscles pour les garçons, et même pour les filles. Soyez gros. Soyez comme ces personnages de films américains (notamment ceux fait en Europe), soyez gros, plus gros que Nature. Soyez un personnage qui soit le "plus au monde" dans un domaine. Le meilleur pilote d'hélicoptère, par exemple. Au monde, bien sûr (visez gros!). Ne soyez pas agent du FBI, c'est sans intérêt, soyez le meilleur agent du FBI.
Oui, mais, objectera-t-on bêtement, les petis gars qu'on dit minets, ils sont tous cocos, et ils ne sont pas gros. C'est faux! Regardez attentivement: lui aura les plus grands yeux, elle les yeux les plus clairs, lui le plus bronzé, etc... Il y aura toujours un moyen d'être gros, et rassurez-vous, les gens beaux ne le sont par hasard ou par accident. ils ont une raison de l'être: ils ont quelque chose de gros. Et ne jamais oubliez (que ce soit le seul post-it sur vote frigidaire ou sur la glace de vote salled ebain pour les plus rigoureux): "Le Monde se côte sur le Marché de la Viande". Comme à la bourse. Vous valez combien, vous sur le marché de la viande.

(Prévenons les critiques: je gagne bien ma vie, je ne lis pas ELLE)

J'ose regarder mes selles, les observer même, sans compassion mais sans fantasme d'hyperbole, et croyez le bien, j'attends avec impatience le jour où elles feront parties de la compétition, les selles. Et là, j'entrerais fiérement en scène.

C'est un monde magnifique pour Vous

Par Anne Archy - Publié dans : Pensées de Selles
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